le monde du silence n'est plus ?
La pollution sonore des oceans
Le silence qui régnait autrefois dans les profondeurs des océans et des mers de la planète ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir. Plus de navires, une intensification des enquêtes sismiques, la prospection pour le gaz et le pétrole, les sonars militaires… Toutes ces raisons expliquent que la pollution sonore est devenue un véritable problème pour la faune marine aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout. Des études ont révélé que l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre pouvait aussi être responsable de cette situation, et même l’aggraver.
L’avenir de nombreuses espèces marines est sérieusement menacé par la pollution sonore sous-marine d’origine humaine, ont prévenu les écologistes, incitant à l'ouverture de discussions urgentes.
Un rapport publié aujourd’hui par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), Ocean Noise: Turn it down, a démontré qu’au cours des dernières décennies, les bruits sous-marins créés par les activités humaines avaient considérablement augmenté, ce qui fait peser une menace importante sur de nombreux mammifères marins. Le bruit engendré par le transport maritime commercial, les sonars, l’exploration sismique réalisée par l'industrie pétrolière et gazière, la construction off-shore et les activités de loisir contribue à créer un environnement qui désoriente de plus en plus les cétacés.
Les baleines, dauphins, marsouins et certains autres cétacés se fient uniquement aux bruits sous-marins pour leur navigation, leurs communications et pour leur alimentation. L’augmentation de la pollution d’origine humaine peut provoquer des modifications du comportement des cétacés, par exemple l’abandon des zones de mise bas et de nourrissage, et dans certains cas extrêmes l’échouage, voire la mort.
Au cours de ces dernières années, certaines institutions internationales telles que les Nations Unies, l’OMI (Organisation Maritime Internationale) et l’Union Européenne ont accordé une plus grande attention à la pollution sonore sous-marine. IFAW estime que la CMS peut jouer un rôle essentiel afin d’assurer que des résolutions énergiques destinées à protéger ces espèces sont mises en œuvre d’urgence. IFAW en appelle aux Parties à la CMS et au Secrétariat de la CMS afin qu’ils examinent un large éventail de mesures actuellement en discussion à la Convention afin de s’attaquer au problème des bruits sous-marins.
La protection des espèces marines contre le bruit sous-marin est essentielle à leur survie. Le bruit sous-marin peut se déplacer sur de grandes distances et affecter les espèces marines au-delà de nombreuses frontières maritimes nationales. Il est donc vital que les états collaborent pour mettre en place des accords solides afin d’éviter que les espèces marines ne soient noyées par des bruits perturbateurs d’origine humaine.
Le rapport d’IFAW a souligné que les sons des navires dans l’Océan Pacifique avaient doublé à chaque décennie au cours des 40 dernières années* et que la flotte commerciale globale devrait doubler d’ici 2025.En revanche, la distance à travers laquelle les baleines bleues peuvent communiquer a été réduite du pourcentage vertigineux de 90% en raison de l’augmentation des niveaux sonores.
Le rapport d’IFAW sur le bruit sous-marin condamne tout particulièrement les bruits à haute intensité tels que les analyses sismiques et les sonars militaires. Ceux-ci émettent des sons supérieurs à 200 décibels qui peuvent blesser les animaux marins. Les scientifiques ont également lié les sonars à haute intensité à l’échouage fatal des baleines et dauphins.
La marine américaine utilise ses sonars ultra-sophistiqués lors de ses exercices au large des côtes de Californie. Selon ces organisations, les sonars sont potentiellement catastrophiques pour les mammifères marins, citant des cas dans les Bahamas et les îles Canaries où les fréquences utilisées par des sonars ont désorienté ces animaux et entraîné des morts en masse.
Les grands mammifères marins communiquent grâce à des sons très basses fréquences. Cela leur permet aussi d’identifier des sources de nourriture et de retrouver leurs partenaires. Des sons proches de ceux émis par exemple par les sonars militaires. Une étude menée par le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) vient de montrer que l'acidification croissante des océans, qui résulte de sa capacité d'absorber le CO2 atmosphérique en concentration croissante, aide certainement la planète par rapport au réchauffement climatique, mais aggrave la pollution sonore des océans. « L’acidification des mers augmente leur capacité d'absorber les sons à basse fréquence d'environ 10 % par rapport aux niveaux préindustriels », expliquent les chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research Institute.
Si le milieu marin est devenu trop bruyant, les sons émis par les grands mammifères qui y vivent sont très fortement réduits. Le directeur scientifique de la Whale and Dolphin Conservation Society, Mark Simmonds, a expliqué que le «brouillard acoustique» engendré par les sons des activités humaines en mer peut désormais être relié à des échouages importants de mammifères, en particulier dans le cas des baleines à bec qui plongent à de grandes profondeurs. À moins d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2050, l'acidité des mers et des océans pourrait atteindre un niveau tel que les sons envoyés des navires vers les canons sismiques se propageront 70 pour cent plus en profondeur.
L’US Navy est sur le point d’autoriser un programme d’essai d’une durée de cinq ans dans le Pacifique Nord. En tout, ce sont plus de 650000 de ces agressions acoustiques qui sont prévues et risquent de mettre en péril les 29 espèces de mammifères marins vivant dans ces eaux (dont les orques locales, qui sont menacées de disparition et qui ne comptent plus que 83 représentants).
VOIR LES VIDEO SUR LE CHANT DES BALEINES POUR COMPRENDRE LE PROBLEMES